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Take Me There
5

Eléphant

 
Au détour d'un carrefour, un convoi armé lui fait face, huit hommes armés des pieds à la tête, rangés autour d'un véhicule de patrouille anti-émeute blindé. 

Sur le toit, des grilles et des projecteurs à longue portée et un impressionnant dispositif en cas de débordement civil. 
Et toujours ces visages stériles, ces mines désabusés de soldats zélés qui semblent se battre contre un ennemi invisible. Ici, dans le quartier, ils s'occupaient d'opérations de contrôle, de marchandises, de sécurité pour lesquelles ils étaient lourdement sur-équipés. Ils craignaient une intervention des rôdeurs qui pouvaient surgir a tout moment.

Dire qu'ils opéraient des contrôles aux faciès serait une plutôt une blague en considérant qu'il n'y avait pas vraiment de population native ici. Leur rhétorique était une prévention aveugle qui bousculait la population du désert. Ils se frayaient tant bien que mal un chemin à travers les rues et les passages bondés. Les habitants avaient, avec le temps, nourri en eux une certaine indifférence effrontée.

Si jamais un étal ou des objets les empêchaient de faire avancer leur véhicule. Il était aussitôt démantelé et on en disposait. Son allure tranquille donnait l'impression qu'il mastiquait le marché et ses travailleurs pour les recracher derrière lui, plat et inexpressifs. 

Une odeur de mort. 
Celle des rongeurs que parfois passaient sous les roues de l'engin de l'armée.

Il dépassa le convoi sur la gauche tout en le dévisageant. Certains de ses membres portaient des masques de couleurs ou des accessoires sur leur tenue destinés à faire peur comme si leur présence n'était pas déjà suffisamment intimidante.

Kalys n'était plus très loin. 
Peut être quelques centaines de mètres avant de gagner le quartier de son ami. Bientôt la fin du désert. Il ne l'avait pas entièrement traversé. 

A vrai dire il l'avait à peine effleuré. 
Mais le détour qu'il avait effectué lui avait économisé au moins une heure de trajet. 

Il y avait huit accès principaux à la coursive B : en dehors de ceux-ci, il n'était pas vraiment possible de quitter le sous-sol. Tout était fait pour que la ville de surface ne croise pas celle du souterrain. Elle communiquait avec ses immenses immeubles, ces tours de verre aux allures d'Oasis qui poussaient à travers la ville. Son ami habitait tout près d'une de plus impressionnantes. Elle avait été érigée au beau milieu du quartier Ouest du Tenere Jadid, comme pour en défier l'existence. Rappeler aux habitants qu'ils étaient dominés par le saint des saint.

Il entra dans le bas de l'immeuble par une porte grande ouverte qu'il l'invitait à y entrer. 

Déjà, l'ambiance tamisée lui donnait le ton de cet habitation manifestement pauvre. A l'étage du bas, les hommes jouait aux cartes en buvant du thé, on entendant les bruits du marché en toile de fond, ininterrompus et les femmes qui cuisinaient. Une odeur d'Orient, qui peinait à masquer la senteur fétide des ordures. Il gagna les escaliers et manqua de glisser sur un morceau de viande avariée qui était resté là sur la première marche.

Il entendit un présentateur de télévision dicter un texte en arabe en énumérant des noms de ville lointaines qui devaient surement être plongées dans un chaos terrible dû à la guerre qui avait lieu en ce moment. Il grimpa sans effort les quatre étages qui le séparait de l'appartement. 

Plus il approchait, plus d'horribles présages et idées le saisissait, il était secoué de tous les scénarios possibles et aucun ne semblait lui aller. La drogue se dit-il. L'effet anxiogène. Le manque. Non, à tout moment, il va m'inviter à l'intérieur pour boire un thé, on rigolera de son inquiétude passée de la nuit dernière et tout ira bien. Oui. C'est la drogue.

Arrivé au quatrième étage, il prit le couloir pour aller au bout vers la porte blanche du 4D de son ami. Détail curieux qui retenu son attention la statuette d'éléphant dans le couloir qui avait perdu son oreille depuis plusieurs années semblait l'avoir retrouvée par magie. Il frappa. Un coup sec puis trois plus souples comme à son habitude. La porte s'ouvrit rapidement. Il fut soulagé. En s'ouvrant, s'engouffra dans le couloir une odeur de cuisine épicée, indienne ou quelque chose de la sorte. 

Et puis se tint devant lui une petite silhouette de femme, d'une soixantaine d'années, vêtue d'un pagne de couleur vive et parée de bijoux exotiques. Sur son visage ridé, un sourire franc, de ceux qui vous font perdre toute agressivité, une énergie des plus pacifiante.


"-Oui ?

-Bonjour Madame, il est chez lui ?

-Qui ça ? Mon mari ?

-Non je cherche mon ami qui habite ici.

-Peut être un ami de mon mari ? Je t'en prie, entre, nous allions nous mettre à table. Tu as l'air bien pâle, je vais te servir quelque chose."

Tellement consterné par ce qui se déroulait, il ne put qu'obéir. 

Il rentra dans l'appartement à l'invitation de la dame charmante. 
A l'intérieur des marmites chantait un refrain lointain d'épices orientales et de citron, un encens diffusait une odeur apaisante. C'était un spectacle des plus surprenant. Il y a encore quatre jours, il avait été ici, et là où se tenait aujourd'hui cette cuisine toute équipée avec son gaz plein régime il y avait avant une batterie d'ordinateurs branchés en réseaux de son ami Markus. Ses yeux se remplissait de l'impossible et sa bouche refusait de parler. La femme marmonna dans une langue étrangère des phrases à son mari qui s'exécuta lui faisant de la place à table. Il s'installa au milieu de ce couple sorti de nulle part. En voyant le visage des deux époux, il devina qu'il paraissait bien perdu. 

On lui servit une tasse de thé. Cela au moins, il l'avait bien vu venir.

"De quel ami parles-tu alors ?"


Kalys songea un instant si il était parfaitement fou.